FootMercato : Plus d'une semaine après votre convocation en équipe de France, racontez-nous comment s'est passé votre deuxième séjour en bleu.
Adil Rami : C'est une belle aventure. J'ai eu la chance de côtoyer un autre monde du point de vue footballistique, mais aussi de créer des liens avec des personnages extrêmement attachants. J'ai vraiment apprécié. Maintenant que j'y ai goûté encore une fois, je vais tout faire pour y revenir, même si je sais très bien que la concurrence est rude.
FM : Comment se passe l'intégration des nouveaux chez les A ?
AR : À la base je suis quelqu'un de très sociable, donc j'ai essayé de connaître tout le monde. C'était un des objectifs de mon séjour. J'ai appris à connaître et à apprécier tout le monde. Que ce soit du cuisinier en passant par la réceptionniste jusqu'à Benzema ou Ribéry. Avec Karim (Benzema), je me suis d'ailleurs créé pas mal d'affinités. C'est une personne que j'apprécie parce qu'elle humble et posée. J'ai bien aimé Franck Ribéry aussi. Pour moi il fait partie des grands. Il m'a donné quelques conseils, il m'a aidé à m'intégrer. Après j'ai beaucoup parlé avec Mexès. Vu qu'on occupe le même poste, j'ai toujours besoin de conseils.
Merci Domenech
FM : Sans parler de frustration, comment passe-t-on dix jours chez les Bleus sans jouer ?
AR : On vit avec le groupe. Étant donné l'enjeu de ces deux matches importants, je me suis dit qu'il ne fallait pas que je me relâche en me disant que je n'allais pas jouer parce que tout peut arriver. Je me suis mis dans la même mentalité de l'équipe pour ne pas être pris au dépourvu. Après quand le sélectionneur me met en tribune ou sur le banc, j'aborde la chose avec le même mental : toujours derrière le groupe. C'est important de se sentir concerné. Après voilà, si je n'ai pas joué c'est que ce n'était pas encore le bon moment. Je travaillerai plus (rires), ce n'est pas grave.
FM : Quelle relation avez-vous avec un sélectionneur aussi décrié que Domenech ?
AR : Quand j'entends des critiques sur lui, je n'y fais pas attention. Je me souviens que quand il m'a convoqué chez les A', beaucoup de choses ont été dites sur moi comme « Domenech a pris un inconnu », « Qui c'est ce Rami, il n'a pas le niveau »... bref j'en ai pris plein la gueule. Et maintenant quand on dit qu'il manque un stoppeur en équipe de France, on pense à Rami. On oublie que c'est Domenech qui a parié en premier sur moi. Donc quoi qu'il arrive plus tard, je sais que c'est lui qui m'a fait découvrir l'équipe de France. Je ne lui en aurais pas voulu s'il ne m'avait pas pris. Mais pour répondre à votre question, quand on arrive devant lui, on sait quel caractère il a, notamment envers les médias. De mon côté, je me suis focalisé sur mon travail pour le satisfaire. Après c'est clair que les dialogues sont restreints, mais c'est mieux comme ça. Ça ne me dérange pas.
Vivre le rêve de 98
FM : Pour vous le choix était-il vite fait entre la sélection marocaine et les Bleus ?
AR : Vous savez quand le Maroc m'a appelé à plusieurs reprises, je n'ai pas dit non comme ça. J'étais flatté de voir un pays me réclamer, mais les Bleus m'ont fait rêver et j'ai vécu en France. Mon objectif c'était de jouer un jour avec les Bleus et me dire pourquoi pas faire comme ce qu'ils ont fait en 1998. Quand on a le choix, on choisit celui qui nous a le plus fait rêver.
FM : Comment vivez-vous le fait de passer en si peu de temps d'un statut de joueur anonyme à celui de grand espoir de Ligue 1 ?
AR : C'est clair que ça fait plaisir. J'ai tout fait pour en être là. Je suis ambitieux, mais je relativise. Je me dis qu'il y a trois ans je travaillais à la mairie donc je fais attention à ce qu'il se dit dans les médias pour ne pas tomber dans l'excès de confiance. Il faut que je reste simple et nature. Mais je suis bien entouré.
FM : Le fait de voir votre nom être associé à de grands clubs comme l'OL ou l'OM ne peut-il pas vous faire tourner la tête ?
AR : Sincèrement non. C'est que des rumeurs sur le papier. Ça m'étonnerait toutefois que je sois dans un très grand club l'an prochain...
FM : Donc vous n'envisagez pas de partir pour l'instant ?
AR : (rires) Pour le moment je suis à Lille. Si je me mets à me projeter trop loin, je vais oublier d'être performant avec le LOSC et il ne faut pas oublier que c'est grâce à cette équipe que j'en suis là aujourd'hui. C'est pour ça que je préfère éviter de parler de toutes ces rumeurs. De plus, vu notre classement il ne faut pas que je me disperse. Je n'oublie pas que j'ai des ambitions, les choses arriveront d'elles-mêmes.
FM : Des clubs vous attirent quand même ?
AR : Oui bien sûr. Le LOSC veut être un grand club. Chaque personne dans le staff a des ambitions et les joueurs aussi. Mais vous savez quand on est gamin et que l'on kiffe un joueur (sic), on se dit, « moi je veux jouer là »...
Nesta, l'exemple
FM : Et quel est ce joueur que vous aimiez tant ?
AR : (rires) J'adorais Alessandro Nesta. Le Milan AC, la Juve en passant par Lyon ou Liverpool, je pense que je ne me trompe pas en vous disant que c'est le rêve de n'importe quel joueur de Ligue 1.
FM : Depuis quelque temps, quasiment tous les meilleurs joueurs de Lille vont à Lyon, on sait donc où vous évoluerez dans un futur proche...
AR : Je ne suis pas le meilleur joueur de Lille. Après pour ceux qui sont allés à Lyon, peut-être que pour eux c'est une étape pour aller dans un grand club. Moi j'estime que si demain si dois signer à Petaouchnoc, c'est que je devais aller là-bas. Regardez des joueurs comme Sagna ou Mexès qui sont partis d'Auxerre pour aller directement dans un grand club européen. Mais je ne m'en préoccupe pas, ma soeur (son agent, NDLR) s'occupe bien de moi.
FM : Vous faîtes partie avec Michel Bastos ou Rio Mavuba, des joueurs les plus courtisés pour le mercato, est-ce que vous parlez entre vous du mercato ?
AR : Oui on parle ensemble avec Rio et Michel. On se dit que l'on a une carte à jouer et qu'il ne faut pas faire les cons. Des joueurs plus expérimentés comme Tafforeau et Malicki nous rappellent de ne pas accorder trop d'importance aux rumeurs. Le fait de finir sur le podium, c'est dans l'intérêt de tous. Pour moi comme pour l'entraîneur en passant par le président. Mais on se dit aussi qu'avec de bonnes recrues on peut être une très grosse équipe.
FM : Quelles chances donnez-vous à Lille de remporter le titre ?
AR : La chance que l'on peut avoir au LOSC, c'est d'être dans l'ombre et d'être dans la lumière la dernière journée. Nous on ne se met pas de pression supplémentaire. Je pense qu'à l'heure actuelle on est craint. Le coach ne veut pas que l'on se relâche ou que l'on écoute les rumeurs de transfert.